Pourquoi “l’économie de Francesco” peut développer une nouvelle économie et créer un monde meilleur

Au cours des deux dernières années, nous avons été impliqués dans une initiative remarquable du Pape François appelée l’Économie de Francesco, un mouvement international de jeunes économistes, entrepreneurs et acteurs du changement engagés dans un processus de dialogue inclusif et de changement global.

Le Francesco ici est l’homonyme du pape, saint François d’Assise. L’idée est de développer une nouvelle économie pour le XXIe siècle, une économie qui réponde aux défis de notre temps. Dans la sagesse inimitable du pape, il a confié la tâche à de jeunes économistes du monde entier, avec des anciens comme nous servant de conseillers et de caisses de résonance.

Pourquoi les jeunes voudraient-ils et auraient-ils besoin d’une nouvelle économie ? Le système de marché ne va-t-il pas très bien ? Ni du point de vue du pape, ni de celui des jeunes du monde. Et nous sommes d’accord.

Les jeunes d’aujourd’hui seront là jusqu’à la fin du XXIe siècle. Mais à quel genre de monde seront-ils confrontés ? Étant donné que les catastrophes climatiques nous frappent déjà, à quel point ces catastrophes seront-elles pires en 2050 ou 2070 ? Si nous avons déjà été confrontés à d’innombrables épidémies au cours des premières années de ce siècle – la dernière en date étant le COVID-19 – combien d’autres les jeunes d’aujourd’hui devront-ils affronter au cours de leur vie ? Si la combinaison du changement technologique, de la mondialisation et de la politique ploutocratique alimente l’inégalité et le mécontentement, comment cette inégalité sapera-t-elle la stabilité sociale et la démocratie dans les décennies à venir ? Si des millions de personnes sont déjà contraintes de migrer à cause de la sécheresse, de la violence et de la faim, combien d’autres seront déracinées de chez elles ?

L’Église catholique a des choses importantes à dire sur toutes ces questions – non pas en tant que spécialistes techniques, mais en tant que porteurs d’un message moral vieux de 2 000 ans, selon lequel nous devrions traiter les autres comme nous aimerions être traités et aimer nos voisins. comme nous-mêmes. Sans surprise, une sagesse similaire a surgi ailleurs dans le monde. Confucius a offert un message similaire à l’état de Lu, et la civilisation chinoise depuis plus de deux millénaires a bénéficié de la sagesse confucéenne.

Notre économie aujourd’hui n’est pas basée sur ces principes moraux. Elle repose sur une idée très différente : que si nous poursuivons chacun nos propres objectifs, nous pouvons réaliser le bien social. Adam Smith a été le fondateur de ce point de vue, qu’il a appelé la “main invisible” de l’économie de marché. Il y a une certaine sagesse là-dedans : l’initiative individuelle motivée par les profits peut conduire à des innovations et à une croissance économique extraordinaires.

Pourtant, la main invisible s’avère être un concept profondément erroné, qui conduit à la complaisance face à la souffrance et à la destruction par inadvertance de la Terre elle-même. Lorsque chacun s’occupe principalement d’eux-mêmes, s’attendant à ce que le miracle du marché arrange les choses, le résultat s’avère être un niveau d’indifférence époustouflant face à l’éventail croissant des calamités mondiales. Le pape François a appelé cela la mondialisation de l’indifférence.

Même si l’Église catholique ne se spécialise pas dans l’analyse économique technique, elle a développé un corps de pensée, appelé enseignement social catholique, qui offre de puissantes perspectives éthiques aux jeunes engagés dans la refonte de l’économie mondiale. Ces enseignements s’appuient sur la sagesse cumulée de deux millénaires de réflexions sur la justice, l’équité, la réciprocité et la responsabilité par certains des plus grands penseurs de l’histoire.

Les enseignements sociaux catholiques modernes ont été développés avec des idées puissantes depuis la fin du 19e siècle, lorsque l’Église a commencé à lutter contre les profondes dislocations sociales et économiques provoquées par l’industrialisation. Ces enseignements ont identifié des préceptes éthiques pour la vie économique et l’art de gouverner, centrés sur le bien commun et rejetant à la fois le collectivisme étouffant et les marchés libres sans entraves. Un principe clé est la destination universelle des biens, ce qui signifie que l’économie doit profiter à tous. Contrairement à l’idéologie libérale, la propriété privée n’est pas un droit absolu ou inconditionnel. L’aide aux pauvres et la protection de la Terre sont des priorités éthiques.

Nous avons observé de près comment ces principes éthiques sont appliqués aux grands défis de notre temps. En abordant des questions telles que le changement climatique, l’exclusion économique, la traite des êtres humains ou la protection de la forêt amazonienne et de ses communautés autochtones, l’église explore systématiquement les meilleures connaissances scientifiques et éthiques sur les questions. L’Académie pontificale des sciences et l’Académie pontificale des sciences sociales, entre autres parties du Saint-Siège, s’adressent à des universitaires et des praticiens de renommée mondiale du monde entier, en tirant des idées de personnes de toutes confessions et de toutes régions. Les connaissances techniques sont étudiées et discutées, et surtout considérées d’un point de vue moral. La première question à se poser est de savoir ce qu’ils signifient pour les pauvres, les vulnérables, les jeunes et les générations futures.

Ces idées informent le pape, qui partage ses réflexions éthiques avec le monde dans ses encycliques et autres communications. Ils deviennent aussi la base pour les jeunes dans leurs délibérations sur l’Économie de Francesco.

Les deux dernières encycliques du pape François Louez Si’ et Fratelli Tutti sont de puissants exemples de ce processus unique. Dans Louez Si’, le pape François a proposé une vision morale convaincante pour surmonter la crise du changement climatique. L’encyclique a été largement lue par les dirigeants mondiaux dans la perspective immédiate de la convention sur le climat de 2015 qui a adopté l’accord de Paris sur le climat. Dans Fratelli Tuttile pape François nous conseille à tous, dirigeants mondiaux et citoyens du monde entier, sur la manière de tendre la main pour coopérer avec les autres au-delà des clivages nationaux, religieux, raciaux et ethniques.

Son message est aussi clair que puissant. Comme il le dit, “l’interdépendance nous oblige à penser à un monde avec un projet commun”. Nous devons, en bref, surmonter notre indifférence, nos conflits et notre individualisme excessif pour travailler ensemble comme une seule famille humaine liée dans un but commun.

Une partie de notre travail ensemble au Vatican ces dernières années a consisté à dialoguer avec des chefs religieux de nombreuses confessions, des philosophes et des experts techniques pour aider à trouver les bases de ce plan commun. Cela fait aussi partie du travail des jeunes d’Assise. Les nouvelles sur ce front sont bonnes. Nous voyons tous les signes que l’espoir du Pape François d’un plan commun est à portée de main. Les chrétiens, les juifs, les musulmans, les bouddhistes, les hindous, les confucéens, les dirigeants autochtones et les philosophes laïcs ont découvert à maintes reprises qu’il existe des perspectives communes sur la manière de procéder pour l’intérêt commun mondial.

Nous recommandons fortement la grande joie de se plonger dans les enseignements sociaux de l’Église, à commencer par les récentes encycliques du pape. Les jeunes d’Assise et nos propres étudiants du monde entier sont tout à fait d’accord. Ce n’est pas si souvent que l’on se confronte intensément aux pensées d’Aristote, de Jésus, de Thomas d’Aquin, de François d’Assise, du Patriarche œcuménique Bartholomée de Constantinople, du Grand Imam Cheikh Ahmad el-Tayeb de l’Université Al-Azhar et du Pape François.

Les enseignements sociaux de l’Église permettent à chacun de se joindre à cette conversation vieille de 2 000 ans. Cette conversation peut être un tremplin pour un monde meilleur. C’est le véritable objectif de l’Économie de Francesco.

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