L’ancien commissaire européen à l’économie prévoit également des règles budgétaires plus souples en 2023


Joaquin Almunia, président du conseil d’administration du Centre d’études politiques européennes (CEPS) et ancien commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, participera au Delphi Economic Forum du 6 au 9 avril. [EPA]

“Les prévisions de croissance devront être revues à la baisse, même sans tomber en récession”, a déclaré Joaquin Almunia, président du conseil d’administration du Centre d’études politiques européennes (CEPS) et ancien commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, à Kathimerini, en parlant de la nécessité d’assouplir la politique budgétaire en 2023 également.

Alors que la crise ukrainienne bat son plein, l’économiste espagnol estime que l’UE doit attendre encore un peu avant de discuter des réformes du pacte de croissance et de stabilité, tout en soulignant les facteurs qui détermineront l’ampleur des pertes pour l’économie mondiale et en soulignant qu’un une politique monétaire plus stricte exige une attention encore plus grande en matière de dette, en particulier pour des pays comme la Grèce.

Almunia, qui participera au Forum économique de Delphes du 6 au 9 avril, note qu’après la fin de la surveillance renforcée, la Grèce devra assumer “toutes les responsabilités”.

Il affirme également que la transition vers des formes d’énergie plus propres doit être accélérée malgré les difficultés actuelles.

Quelle sera l’ampleur des dommages causés à l’économie européenne par les développements en Ukraine ? Est-il encore temps de sauver les taux de croissance que nous attendions en 2022 ? Ou verrons-nous probablement une récession dans la période qui suit ?

Il est difficile d’avoir une estimation précise des dommages causés à l’économie européenne. Elle dépend de nombreux facteurs : la durée de la guerre, l’évolution des marchés de l’énergie, les réactions des politiques monétaires et fiscales face aux risques inflationnistes… Mais les prévisions de croissance devront être revues à la baisse, même sans tomber en récession.

“En ce qui concerne le débat sur la réforme du pacte de stabilité et de croissance, il sera difficile de parvenir à un accord à part entière dans les mois à venir”

En attendant, cette nouvelle crise pousse à une prolongation de l’assouplissement de la politique budgétaire dans la zone euro, où des consultations sur une éventuelle modification du pacte de stabilité sont en cours de toute façon. Et cela concerne directement la Grèce, qui retrouverait en temps normal des excédents primaires à partir de 2023. Quelle direction préconisez-vous en matière de politique budgétaire ?

Compte tenu des circonstances, j’estime nécessaire de ne pas revenir sur l’application des règles budgétaires à la fin de 2022, comme on s’y attendait avant la guerre. Concernant le débat sur la réforme du pacte de stabilité et de croissance, il sera difficile d’aboutir à un accord à part entière dans les mois à venir, dans les incertitudes actuelles. La meilleure option, à mon avis, est d’adopter une position flexible jusqu’à ce que la situation devienne plus stable et prévisible. À l’avenir, à moyen terme, je m’attendrai à des règles plus simples, axées sur la soutenabilité de la dette, permettant des trajectoires d’ajustement progressives et mieux liées à l’analyse des conditions des économies nationales.

Dans quelle mesure les économies d’Europe du Sud sont-elles aujourd’hui exposées à la hausse imminente des taux d’intérêt ?

Si les pressions inflationnistes se maintiennent, l’orientation de la politique monétaire deviendra progressivement plus stricte et les taux d’intérêt sur les marchés de la dette seront plus serrés. Il s’agit donc de définir des stratégies crédibles de consolidation des niveaux d’endettement. Cela s’applique en particulier aux économies très endettées.

Vous avez évalué le programme d’aide financière et d’ajustement de l’économie grecque pour le mécanisme européen de stabilité. Aujourd’hui, après la perturbation de la pandémie, sur quoi porteriez-vous votre attention concernant les interventions dont la Grèce a besoin pour devenir une économie plus compétitive et plus développée ?

Les réformes lancées pendant la période des [European Financial Stability Facility] et les programmes du MES doivent être poursuivis et de nouvelles initiatives seront les bienvenues maintenant que la surveillance renforcée des institutions de l’Union européenne et du MES laissera place à une nouvelle période où les autorités grecques et les agents économiques et sociaux assumeront toutes les responsabilités. Parallèlement aux réformes visant à améliorer la résilience économique et la cohésion sociale, le secteur public et les investisseurs privés doivent accorder la priorité aux investissements visant à accroître les niveaux de productivité et de compétitivité.

Les prix de l’énergie sont extrêmement élevés. Considérez-vous le moment choisi par l’UE pour procéder à la transition verte idéale ?

La lutte contre le changement climatique doit rester une priorité. En ces temps difficiles, il est nécessaire de soutenir une telle transition verte, également comme instrument pour augmenter notre potentiel de croissance et notre compétitivité. En effet, les efforts requis doivent être répartis de manière équitable, d’autant plus dans une période de difficultés économiques affectant les secteurs les plus faibles de nos sociétés.

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