Les réformes économiques portent leurs fruits alors que Macron cherche à être réélu

Par Leigh Thomas

PARIS (Reuters) – Alors qu’Emmanuel Macron lance sa campagne pour un second mandat lors de l’élection présidentielle d’avril, il peut compter sur un boom économique que les électeurs français n’ont pas connu depuis une génération pour relancer sa candidature.

Avec la croissance économique en plein essor et le chômage en baisse, Macron peut pointer vers un barrage de données pour montrer qu’il a redémarré la deuxième plus grande économie de la zone euro, bien que les retombées de la crise ukrainienne risquent de détourner l’attention de son bilan économique.

Annonçant jeudi dernier qu’il se présenterait aux élections, Macron devra convaincre les électeurs que les gains économiques se répercutent malgré la flambée de l’inflation, qui devrait augmenter à mesure que le conflit en Ukraine fait grimper les prix de l’énergie.

Même si le ministère des Finances estime que le revenu disponible brut des ménages s’est amélioré deux fois plus sous Macron que lors des deux présidences précédentes, les sondages suggèrent que la principale préoccupation des électeurs est la diminution du pouvoir d’achat.

Quelques mois après son entrée en fonction en 2017, l’ancien banquier d’affaires a réduit les impôts des investisseurs et des riches tout en assouplissant les règles d’embauche et de licenciement longtemps déplorées par les employeurs.

Au moment où la pandémie de COVID-19 a éclaté, l’économie française surperformait de nombreux pairs européens et, alors que la crise commençait à s’atténuer, a rebondi encore plus fortement, la croissance atteignant l’an dernier un sommet de 7 % en 52 ans.

Graphique : la reprise post-pandémique de la France a dépassé la plupart de ses pairs – https://graphics.Reuters.com/FRANCE-ECONOMY/mypmnkrnqvr/chart.png

Le chômage obstinément élevé est tombé à son plus bas niveau depuis juste avant la crise financière mondiale de 2008-09. Plus important encore, selon les économistes, est une légère augmentation du taux d’emploi – la part des personnes disponibles pour travailler qui occupent réellement un emploi.

Alors que la France est toujours en retard sur des pays comme l’Allemagne et les Pays-Bas, l’amélioration est importante car le chômage élevé des jeunes et la retraite anticipée ont longtemps pesé sur le taux d’emploi de la France.

Graphique : Le taux d’emploi en France le plus élevé depuis des décennies – https://graphics.Reuters.com/FRANCE-ECONOMY/akpezmlobvr/chart.png

La réforme du travail de Macron en 2017 n’a été possible que parce que le plus grand syndicat – la CFDT modérée – ne s’y est pas opposé. Mais même la CFDT a récemment déclaré que les relations sociales au sein des entreprises en avaient souffert.

Les employeurs sont désormais moins réticents à embaucher sur des contrats à long terme difficiles à rompre lorsque les entreprises doivent réduire leurs effectifs, indiquent les données sur les cotisations sociales.

Graphique : Part des embauches en France en CDI – https://graphics.Reuters.com/FRANCE-ECONOMY/xmvjorwzkpr/chart.png

Macron est apparu le plus dans son élément en tant que vendeur en chef présentant l’économie française aux investisseurs étrangers lors de dîners annuels pour les PDG de certaines des plus grandes multinationales du monde.

Les données sur les investissements directs étrangers suggèrent que l’effort a porté ses fruits, atteignant des niveaux records avant la pandémie, même s’il s’est temporairement effondré à mesure que le coronavirus se propageait dans le monde.

Graphique : Investissement direct étranger en France – https://graphics.reuters.com/FRANCE-ELECTION/MACRON-ECONOMY/zgvomjroavd/chart.png

Une récente vague d’investissements étrangers a enflammé la scène technologique française et les promesses faites par Macron en 2019 de transformer la France en une “nation start-up” ne semblent plus farfelues.

Vêtu d’un col roulé noir comme l’ancien PDG d’Apple et gourou Steve Jobs, Macron a récemment célébré la 25e licorne française – une start-up évaluée à plus d’un milliard de dollars – avant son propre objectif de 2025.

Au-delà de la technologie, il existe des preuves d’un esprit d’entreprise plus large qui s’installe, avec de nouvelles inscriptions d’entreprises atteignant des niveaux records, même si en partie grâce aux livreurs indépendants qui profitent du boom des achats en ligne.

Graphique : Nouvelles immatriculations d’entreprises en France – https://graphics.Reuters.com/FRANCE-ELECTION/MACRON-ECONOMY/zjvqkaerbvx/chart.png

Là où Macron est le plus exposé, ce sont les finances publiques. La candidate conservatrice Valérie Pécresse l’accuse d’avoir brûlé des liquidités pendant la crise et poussé la dette nationale à un record d’environ 115% du PIB.

La banque centrale affirme qu’il faudra une décennie pour ramener la dette aux niveaux d’avant la crise en dessous de 100% et une rupture avec la gestion souple des dépenses publiques observée au cours de la décennie précédente.

Graphique : La crise du COVID a allégé le fardeau de la dette – https://graphics.Reuters.com/FRANCE-ECONOMY/akvezmwzrpr/chart.png

Les dépenses publiques restent parmi les plus élevées au monde et les promesses de réduire les effectifs de la fonction publique de 50 000 ont été discrètement abandonnées.

Pendant ce temps, la suppression par Macron de l’impôt sur la fortune en France au début de sa présidence en faveur d’une taxe sur l’immobilier n’a pas déclenché la vague d’investissements souhaitée, selon un rapport d’octobre dernier du groupe de réflexion du Conseil d’analyse économique, qui fait partie de le bureau du premier ministre.

Cette décision a cependant inversé un flot de riches contribuables se déplaçant à l’étranger et a contribué à augmenter les versements de dividendes aux ménages, selon l’étude.

Macron a cependant payé un prix politique élevé, les opposants et les “gilets jaunes” le qualifiant de “président des riches”.

Désespéré maintenant d’empêcher une peur de l’inflation de nuire à son succès économique, le gouvernement Macron dépense plus de 15 milliards d’euros pour limiter les flambées des prix du gaz et de l’électricité qui frappent de nombreux consommateurs.

Il y a une autre tache flagrante sur le bilan économique de Macron sous la forme du déficit commercial abyssal de la France, qui a atteint un record de 3,4 % du PIB l’année dernière.

Bien que la forte demande d’importation et les prix élevés de l’énergie puissent être en partie responsables, même le ministre des Finances de Macron, Bruno Le Maire, affirme que c’est tout autant un symptôme de la compétitivité internationale encore faible de la France.

Graphique : Le déficit commercial de la France atteint un niveau record – https://graphics.Reuters.com/FRANCE-ELECTION/MACRON-ECONOMY/znvnejzwzpl/chart.png

(1 $ = 0,8899 euro)

(Reportage par Leigh Thomas; Montage par Mark Heinrich et Alex Richardson)

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