L’économie neutre de la Suisse ébranlée par les sanctions contre la Russie

La nouvelle position ferme de la Suisse vis-à-vis de la Russie a forcé l’économie suisse à se réadapter aux sanctions, soufflant un vent de panique sur le marché des matières premières en particulier.

La Suisse a annoncé lundi qu’elle suivrait les sanctions imposées par l’Union européenne, abandonnant la réserve traditionnelle de Berne en ordonnant le gel immédiat des avoirs appartenant aux entreprises et individus russes figurant sur la liste noire de l’UE.

Et il est allé plus loin vendredi, en adoptant des sanctions encore plus strictes de l’UE appliquées en réponse à l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par Moscou le 24 février.

L’exportation de biens susceptibles d’améliorer les capacités militaires de la Russie est interdite, tout comme l’exportation de certains biens et services dans le secteur pétrolier et de la technologie aéronautique.

“La mise en place de ces sanctions est compatible avec la neutralité de la Suisse”, a insisté le gouvernement dans un communiqué.

Les entreprises de la riche nation alpine respectent les sanctions mais ont également souligné que l’argent russe ne représente qu’une fraction de leur chiffre d’affaires, dans le but de rassurer les investisseurs.

La compagnie aérienne suisse, filiale de l’allemand Lufthansa, a suspendu ses vols vers Moscou et Saint-Pétersbourg.

La société mondiale de transport par conteneurs MSC et la société de logistique de fret Kuehne + Nagel ont cessé de prendre les commandes russes de fret, à l’exception des produits alimentaires, médicaux et humanitaires.

Le lobby des entreprises Economiesuisse a déclaré que les sanctions auraient des conséquences directes “limitées” sur le commerce extérieur.

La Russie n’est que le 23e partenaire commercial de la Suisse. Les Suisses exportent principalement des médicaments, des produits médicaux, des montres et des machines vers la Russie, tandis que les principales importations sont l’or, les métaux précieux et l’aluminium.

En 2021, les exportations vers la Russie se sont élevées à 3,2 milliards de francs suisses (3,5 milliards de dollars, 3,2 milliards d’euros), avec des importations aussi faibles que 270 millions de francs, selon les autorités douanières.

Cependant, l’État enclavé est un acteur important dans le commerce des matières premières, à travers des sociétés telles que Glencore, Trafigura, Vitol et Gunvor.

Gennady Gatilov, ambassadeur de Russie auprès des Nations unies à Genève, s’est dit surpris vendredi par les sanctions, car la Suisse a toujours “essayé de maintenir une certaine neutralité”.

“Nous en sommes déçus, car nous entretenons de très bonnes relations avec la Suisse (…) et l’adhésion de la Suisse à ces sanctions illégales (…) aura (un) certain impact négatif”, a-t-il déclaré aux journalistes.

-Mode crise-

Selon les chiffres circulant dans la presse suisse, 80% du pétrole russe est commercialisé en Suisse, bien que Florence Schurch, secrétaire générale de l’Association suisse du commerce et de la navigation, n’ait pas pu confirmer ce chiffre.

Le montant exact est “en cours d’évaluation”, a-t-elle déclaré à l’AFP, confirmant néanmoins que le secteur pèse lourd dans l’économie.

En termes d’emploi, le commerce de l’énergie, des céréales, des métaux et des minéraux représente quelque 10 000 emplois directs et 35 000 emplois indirects.

“Depuis lundi, tout le monde est un peu en mode cellule de crise”, a expliqué Schurch. Certaines compagnies tentent déjà de “localiser leurs cargaisons” en déplacement, ou de “rapatrier des marins bloqués en mer Noire”.

“Beaucoup d’entreprises se sont censurées”, a-t-elle déclaré, notamment parce que les paiements deviennent “compliqués” maintenant que les banques russes sont coupées du système SWIFT et que les banques suisses revoient leur financement commercial.

La société suisse Nord Stream 2 a fait faillite après que l’Allemagne a arrêté le gazoduc suite à l’invasion de l’Ukraine par Moscou.

La faillite a semé la panique dans le secteur. Le géant du négoce Glencore a annoncé qu’il revoyait ses activités en Russie tandis que Trafigura revoyait sa participation dans Vostok Oil, le principal projet pétrolier de Rosneft en Sibérie.

– Banques, horlogerie et tourisme –

Les banques suisses sont un endroit populaire pour les riches Russes pour cacher leur argent. Selon la Banque des règlements internationaux, les engagements des banques suisses envers les clients russes s’élevaient à 23 milliards de dollars au troisième trimestre 2021.

L’Association suisse des banquiers a réagi aux sanctions en affirmant que la Russie n’était “pas un marché prioritaire”, et a exclu de ses rangs les filiales suisses de Gazprombank et Sberbank.

En Bourse, le groupe Richemont et le géant horloger suisse Swatch ont également été secoués par les craintes des investisseurs pour le secteur du luxe.

La Russie ne représente qu’environ “un pour cent de nos exportations”, a déclaré Jean-Daniel Pasche, président de la Fédération de l’industrie horlogère suisse.

Mais la chute du rouble pourrait affecter les ventes de montres et le conflit menace également de retarder le retour des clients russes qui “ne sont pas venus en Suisse depuis le début de la pandémie”, a-t-il ajouté.

En 2019, avant la crise du Covid-19, les touristes russes ne représentaient que 1,7% des nuitées hôtelières en Suisse.

“Pourtant, c’est une clientèle aisée” qui privilégie les hôtels cinq étoiles, a précisé la porte-parole de Suisse Tourisme, Véronique Kanel.

Certains grands hôtels à clientèle russe fidèle pourraient donc être “plus particulièrement impactés”.

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